Mai 102018
 
Peuple Kanak Nouvelle-Calédonie Breizh Europa

Photo AFP Ludovic Marin

Le président Macron est allé en Nouvelle-Calédonie il y a dix jours et on peut dire que, même s’il s’est montré un peu plus prudent qu’en Corse, il n’a pas manqué de faire savoir qu’il préférait que la Nouvelle-Calédonie restât dans « la communauté nationale » après le référendum.

Une communauté nationale dont le Président de la République a redéfini l’Histoire, quelques jours après, s’exprimant en Métropole au sujet de la baisse des APL, par ces mots : « L’histoire de notre pays, c’est une histoire d’absolu, c’est un amour de la liberté au-delà de tout, c’est une volonté de l’égalité réelle ».

L’apprentissage forcé d’un roman national

On peut bien sûr sourire de cette définition, tant il est évident qu’en France, il y a des gens plus libres et plus égaux que d’autres… On peut aussi remarquer que la manière dont la Corse, la Bretagne ou encore l’Alsace par exemple ont été intégrées dans cette communauté nationale, décrite de manière si enflammée par le Président, ne doit rien à une quelconque liberté de choix. Mais, l’apprentissage forcé, pour tous les résidents de l’Hexagone, d’un roman national simplificateur et révisionniste, et l’injonction d’abandonner officiellement les langues et les histoires dites régionales, ont pour l’instant calmé l’ardeur à pratiquer « l’amour de la Liberté au-delà de tout ! » dans la plupart de ces actuelles régions.

Cependant, quand il s’agit des DOM-TOM, intégrés souvent beaucoup plus tard dans cette fameuse communauté nationale (hormis la Corse, la Savoie et le Comté de Nice), la question de leur liberté de choix quant à l’adhésion à cette communauté laisse encore plus perplexe. Surtout quand on sait que ces poussières d’empire colonial ont non seulement été prises par la force pour la plupart, mais ont surtout servi de réservoir ou de plaque tournante pour la traite des esclaves.

Haïti, l’insoumise

Rappelons ici qu’Haïti, qui refusa de se soumettre plus avant à ce système esclavagiste (il faut rappeler que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen n’abolissait pas l’esclavage !!!), en déclenchant une rébellion qui amena à la déclaration d‘indépendance en 1793, fut forcée, sous la restauration, en 1825, de payer une somme de 150 millions de francs-or (soit le budget annuel de la France de l’époque). Cette somme, renégociée par la suite et intégralement payée, servant alors à «indemniser» les anciens colons français, maîtres d’esclaves, pour perte «de propriété», en échange de la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti.

Depuis, la France, y compris récemment par la bouche de Sarkozy ou encore Hollande, refuse toujours de rendre cette somme à Haïti, qui en a pourtant bien besoin. Mais cette terrible injustice est sans doute liée à la « volonté d’égalité réelle » vantée par Macron, et qui serait là aussi inscrite profondément dans les gènes de ce pays. C’est noté !

Les indigènes de la République

Kanaks exposition coloniale 1931 Nouvelle-Calédonie Breizh EuropaSouvenons-nous également que, seulement quelques années avant la deuxième guerre mondiale, la République organisait une exposition coloniale à Paris, en 1931, dans laquelle des Kanaks, entre autres « indigènes de la République », étaient présentés en cage. Une exposition dont le but premier était de célébrer l’esprit colonial mais aussi la supériorité de la race blanche, tout simplement. Au point que les Anglais et les Hollandais, invités à y participer, mais pas en cage…, refusèrent !

Plus récemment, la Polynésie française eut à subir pendant de très longues années les essais nucléaires décidés depuis Paris. Et les indemnisations pour cette terrifiante « délocalisation » tardent toujours…

L’amour de la liberté au-delà de tout

C’est pourtant le président de cette République-là qui évoque un pays dont « l’amour de la liberté au-delà de tout » serait l’ADN fondamental… Ceux qui ne continueront pas de sourire à l’écoute de ces propos, des esprits si éclairés par la flamme de cette République qu’ils sont entrés en surchauffe probablement…, nous expliqueront que tout cela c’est du passé. Et qu’à présent, ces territoires d’Outre-Mer, après avoir payé très cher le ticket d’entrée dans la République des Droits de l’Homme, ne conservent que le meilleur : c’est-à-dire la Sécurité Sociale, la chance de parler « la plus belle langue du monde », et on ne sait quels autres avantages en nature. C’est à considérer, mais avec un peu de recul si possible… Et surtout, quid de leur honneur ?

D’autre part, quand on sait l’importance légitime donnée aux circuits courts ou au combat contre le réchauffement climatique, quel est le sens d’asservir des économies aussi éloignées, dans un modèle souvent hors-sol, à des conglomérats hexagonaux ? Quel est l’intérêt de faire voyager en avion à travers la planète autant de députés et sénateurs ultramarins entre leur lieu d’élection et Paris ? Autant de hauts-fonctionnaires détachés ? Autant de gendarmes ? Autant de fonctionnaires en tous genres, en activité ou à la recherche de retraites bonifiées ?

Le droit des DOM-TOM à s’exprimer

Ce système colonial ultra-marin est donc bien une aberration, écologique, économique, mais surtout humaine. Ainsi, s’il est bien sûr souhaitable que l’Europe à terme continue à aider ces territoires, en les soutenant pour qu’ils s’intègrent aux tissus économiques ambiants, ne serait-il pas temps que Réunionnais, Martiniquais, Guyanais et tous les autres habitants des DOM-TOM aient aussi le droit d’exprimer à leur manière, leur amour de la Liberté au-delà de tout ?

La seule manière juste d’y parvenir est que des référendums tels que celui mis en place par Michel Rocard en Nouvelle-Calédonie, soient proposés à tous les DOM-TOM. Ce système néocolonial n’a en effet jamais été validé par des traités internationaux, ni par aucun référendum. Rappelons à ce sujet que la France est condamnée régulièrement à l’ONU pour sa présence et son action en Polynésie. Mais rien n’y fait, pour l’instant…

Il serait en tous les cas vraiment dommage de ne laisser qu’aux Français convaincus le droit de pratiquer « l’amour de la liberté au-delà de tout ». Il faut que tout le monde en profite ! Vive la Nouvelle-Calédonie libre ! Et vivent des référendums dans les DOM-TOM !

Frank Darcel

Président de Breizh Europa

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