Enseignement, Education

 

Etat des lieux du système éducatif hexagonal

Se démarquant de tous les pays occidentaux, la France a fait de l’enseignement un objet politique national, étatisé comme nulle part ailleurs, à tel point que l’on pourrait croire que c’est une fonction régalienne. En France, toucher à l’école, c’est toucher à l’identité nationale, c’est toucher à la France ! C’est constitutif de la Nation, de la République, de l’État, du projet national. C’est un fondement du contrat social.

Notre propos consiste à comprendre la situation, à en faire un état des lieux critique et objectif, mais néanmoins concis. Plusieurs approches sont nécessaires, en allant du plus fondamental au plus technique. Et l’on va vite se rendre compte que c’est compliqué. Ensuite on identifiera les évolutions et les problématiques actuelles.

Cet état des lieux servira de base logique à nos propositions. Libérées des tabous de la pensée unique hexagonale, nos propositions seront réalistes et ambitieuses. On les verra dans un second temps.

Le cadre

C’est d’abord un droit, le droit à la scolarisation, à la formation. Reconnu clairement dans le droit français et international, notamment dans la Charte des droits fondamentaux des Nations-Unies. Ce qui est obligatoire en France, c’est l’instruction de 6 à 16 ans, que ce soit à l’école ou à la maison. L’école publique accueille tous les enfants, on constate de gros progrès en matière d’accueil des élèves en situation de handicap (loi de 2005).

Ce sont plusieurs ministères. En France, la politique éducative est gérée par le Ministère de l’Education nationale, le plus gros budget de l’État, après la dette. C’est le plus gros employeur du pays, qui commande le cœur du métier : les enseignements; les enseignants, gérés au niveau académique (régional) pour le 1er degré, et au niveau ministériel pour le 2nd degré.
Au niveau central, il y a aussi les systèmes scolaires des ministères de l’Agriculture et de la Défense.

Ce sont plusieurs systèmes. A côté du public majoritaire, il y a l’enseignement privé sous contrat, confessionnel ou non, comme les écoles catholiques et comme Diwan, et l’enseignement hors-contrat. En Bretagne, l’école privée catholique sous-contrat scolarise une grosse minorité des élèves du 1er et du 2nd degré. N’oublions pas les établissements consulaires, gérés par les chambres des métiers, qui s’occupent traditionnellement de l’apprentissage. Et de nombreux autres acteurs, plus confidentiels.

Ce sont les collectivités locales. Autour du cœur géré par l’État, elles ont été consolidées par les lois de décentralisation ( Raffarin, 2003), ce qui signifie : les communes sont propriétaires des écoles ; les départements des collèges ; les régions des lycées. Chaque collectivité finance la construction, l’entretien et les personnels techniques, ouvriers et de services (les ATOS) de ses établissements.

Les missions de l’école :
– Transmettre des connaissances et des compétences générales, techniques et professionnelles, ce qui signifie donner une culture de base et préparer l’intégration professionnelle.
– Transmettre les valeurs de la vie sociale et politique, les fameuses « valeurs de la République ». On insistera sur la laïcité, l’égalité filles/garçons, les respect des opinions et de la démocratie, la citoyenneté, l’État, la nationalité, dans le sens français des termes. La construction européenne a sa place.
– Organiser les examens et les qualifications, délivrer les diplômes. C’est la certification.

L’organisation verticale

A la base, des métiers identifiés: enseignants (professeurs des écoles, professeurs certifiés, professeurs agrégés, chargés d’enseignement, maîtres de conférences, professeurs des universités) ; éducateurs (conseillers principaux d’éducation et assistants d’éducation) ; les métiers de la santé et de l’action sociale (infirmières, assistantes sociales, psychologues, médecins) ; conseillers d’orientation-psychologues.

Il y a tous les métiers-supports : administratifs ; gestionnaires, agents de maintenance …

 

 

Au-dessus l’encadrement intermédiaire : les inspecteurs du 1er degré et les inspecteurs pédagogiques régionaux (ils encadrent les personnels du terrain) ; les chefs d’établissement; les recteurs (qui pilotent les académies).

En haut le pilotage stratégique: les inspecteurs généraux et les directeurs de l’administration centrale, ils forment la réelle tête pensante du système; ils sont le pouvoir durable face au ministre et à son cabinet, pouvoir intermittent.

Les recteurs d’académie et les ministres sont les responsables officiels et non-fonctionnaires. Donc révocables. Leur durée moyenne, très courte (entre un et deux ans en moyenne) ne leur permet pas vraiment de piloter le navire. Quels qu’ils soient, il leur est très difficile de prendre la main sur les hauts fonctionnaires protégés , initiés, et corporatistes.

A noter: au ministère et dans les rectorats, on trouve les fonctions essentielles de la prospective et de l’évaluation. Il y a cependant coexistence et même consanguinité entre ceux qui font et ceux qui évaluent.

Il y a les nombreux satellites du ministère de l’Education nationale, qui s’occupent d’informer sur l’orientation scolaire et professionnelle (ONISEP), de publier des ressources pédagogiques (Canopé), de proposer des actions éducatives et péri-éducatives (Ligues de l’enseignement, Aroeven …), de former les professeurs (Espé), les cadres (ESEN à Poitiers)…

Les établissements

Les écoles maternelles et primaires jusqu’à 11 ans, les collèges de 11 à 15 ans, les lycées de 16 à 18 ans, l’apprentissage, et tout la nébuleuse de l’enseignement supérieur.

Les écoles n’ont pas de personnalité juridique, elles sont un lieu physique dont le budget et les personnels non-enseignants sont gérés par la commune.

Les collèges et les lycées sont des établissements publics locaux d’enseignement (EPLE) avec une personnalité juridique, un budget et un conseil d’administration. Les EPLE reçoivent des enveloppes d’heures d’enseignement avec lesquelles elles créent des postes. Ce sont les académies qui les pourvoient. La masse salariale est gérée in fine par le ministère.
Les personnels techniques et de service sont installés et payés par les collectivités territoriales (département pour les collèges, région pour les lycées).

Les centres de formation des apprentis consulaires sont financés par les entreprises adhérentes.

En résumé, les établissements sont le point de rencontre entre les décisions descendantes et les réalités du terrain. Par exemple, les programmes, décidés par les inspecteurs généraux, sont transmis par les inspecteurs pédagogiques, et finalement enseignés par les professeurs, dans leurs classes à leurs élèves. Les professeurs sont a priori libres de leur manière d’enseigner, c’est le principe de la liberté pédagogique. L’enseignant devra tenir compte des locaux, des matériels, des effectifs, de la diversité de ses élèves.

Tendances et problématiques

Ce super-système est lent, et suit à sa vitesse les évolutions de son temps. Il est lui-même intégré dans un plus vaste ensemble, un méga-système qui l’englobe avec d’autres parties: élèves, parents, syndicats, partenaires, collectivités, entreprises … Que voit-on de notable au sein de ce méga-système ?

Un syndicalisme encore fort, mais moins obsédé par la seule question des « moyens ». Le corps enseignant n’est plus monolithique, car il a été clairement refroidi par l’avalanche permanente de réformes. Le corps enseignant a de moins en moins la foi en des solutions descendantes.

Une décentralisation réelle, quoique timide et interrompue. En 1982, on confiait les murs aux collectivités; en 2003 c’était le tour des agents techniques. Le positif, c’est que le concept de décentralisation a été dé-diabolisé, et même qu’on en voit les vertus. Mais maintenant ? Quelles étapes supplémentaires seraient-elles nécessaires ? Avec quelle collectivité ?

Une grande multitude d’acteurs: l’État et ses services déconcentrés, les trois niveaux de collectivité (15 régions, 95 départements et 36 000 communes), les établissements. Tout ça rend le fonctionnement lent et difficile.

Un partage des rôles dépassé: le principe historique de ce partage était le suivant: à l’État le pédagogique; aux collectivités l’intendance. Mais la réalité dépasse déjà cette fiction, car ce sont bien les dotations des collectivités qui financent la vie des établissements ! Ce sont elles qui permettent les sorties pédagogiques, les voyages, les projets, les interventions de partenaires.

La réalité, c’est que l’État n’a pas les moyens de ses ambitions. Assumant le coût de l’énorme masse salariale, l’État laisse déjà la porte ouverte aux collectivités pour financer le pédagogique. Pourquoi alors refuser aux collectivités une co-responsabilité pédagogique officielle ? Dans cette affaire, il n’y a en réalité plus de débat, mais une belle hypocrisie.

Des évolutions pédagogiques indéniables: l’enseignement par les compétences, et plus seulement par les connaissances, la place des nouvelles technologies, l’interdisciplinarité, l’individualisation de l’enseignement, débuté par l’arrivée des élèves en situation de handicap …

Ne voit-on pas l’autonomie gagner à tous les niveaux, par des expériences pédagogiques originales ?
Aujourd’hui le binôme école/collège se renforce sur l’apprentissage des fondamentaux, le lycée se veut clairement la préparation du supérieur, la filière professionnelle reste encore trop loin des entreprises. Beaucoup de choses, on le voit, ont bien changé en quelques années.

Une école s’adaptant aux évolutions sociologiques: populations nouvelles, familles monoparentales et/ou recomposées, disparition des repères culturels et symboliques, paupérisation et zonage scolaire … Une école qui doit faire appel aux services sociaux et au pouvoir judiciaire.

Une intégration dans un monde économique en pleine transformation: des qualifications professionnelles frustrant nombre d’employeurs; une crainte des familles et des élèves face à des métiers dévalorisants ou changeant trop vite; un regrettable rapport ambigu aux entreprises.

Une école désormais comparée: avec la fameuse PISA et les autres enquêtes internationales, l’école française est comparée et évaluée. Et les résultats ne sont pas bons, on est sortis de la tour d’ivoire franco-française. Comme pour le reste, on constate un net décrochage. Finis les cocoricos !

Et la Bretagne ?

La Bretagne est une terre de réussite scolaire, de confiance en l’école, de respect des maîtres. Ces derniers sont expérimentés et enviés, en général revenus au pays après quelques années passées ailleurs. L’enseignement en Bretagne est à l’image de la société bretonne: une société de la confiance, de la solidarité, sans polarisation excessive, subissant les dommages de la mondialisation, doublés des inepties du centralisme français.

Notre école profite globalement d’un tissus social fort, d’une pratique sportive répandue, d’un bilinguisme réel ou symbolique. La présence des populations immigrées est hétérogène sur le territoire breton. Hormis quelques zones très marquées par des réflexes communautaristes, la Bretagne intègre bien.

En définitive, notre identité est un atout pour notre école, mais elle est menacée. Notre école fonctionne mieux que dans le reste de l’hexagone, mais elle est, elle aussi, menacée. Nous proposons d’améliorer les choses avec un peu d’ambition et de réalisme.

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