Culture

 

Culture en Bretagne, état des lieux

Introduction

D’une manière générale, en dehors de n’avoir jamais pris conscience que le passé de la Bretagne pouvait être un socle formidable pour une culture à la fois populaire garante d’une véritable cohésion sociale, la culture en Bretagne souffre, comme de nombreux autres domaines, d’un manque de confiance en soi et reste bien trop dépendante des subsides parisiens, et d’un mode de fonctionnement ultra centralisé.

N’oublions pas par exemple que 80 % du budget de la culture de l’État est dépensé en Île-de-France, comment peut-on lutter contre un tel état de fait ?

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Paul Sérusier – Bretonne avec cochons

L’exemple le plus frappant de ce centralisme culturel étouffant est que la Bretagne, connue dans le monde entier pour être une terre de peintres, n’a pas pu garder la grande partie de créations nées sur sa terre. Ainsi de nombreux artistes plasticiens novateurs sont Bretons tels Paul Sérusier, Yves Tanguy Raymond Hains, Jacques Villeglé, Tal Coat, et bien d’autres. La Bretagne a été le creuset d’écoles mondialement connues et la terre d’adoption, pour des périodes plus ou moins longues, des plus grands peintres. La plupart de ces œuvres ont été peintes ici, décrivant ou s’inspirant de notre terre ou nos rivages. Elles sont exposées dans les musées parisiens ou américains… Cet exemple de la peinture et de la fuite des produits vaut dans bien d’autres disciplines culturelles. Tant que nous n’aurons pas nos propres institutions nationales, nous ne pourrons pas irriguer notre territoire comme il le faut et nous ne pourrons pas faire rayonner la culture bretonne, patrimoniale ou contemporaine, vers le monde.

La Bretagne s’en sort à peu près parce que la culture a ici pris depuis longtemps des chemins de traverse, se développant au travers d’associations, de petites fondations, de petites structure que l’Etat n’a pas réussi à contrôler. Et certaines institutions officielles font aussi un bon travail, même si elles ont du mal à se sortir du tropisme provincialiste.

Alors, même si le bilan n’est pas exceptionnel, la Bretagne s’en sort dans certains secteurs de la culture (spectacle vivant, festivals, production audiovisuelle, musées) bien mieux que d’autres régions de l’Hexagone. Mais c’est loin d’être suffisant, parce qu’avec les outils que nous amènerait la légitime émancipation que nous appelons de nos vœux, nous pourrions faire beaucoup mieux.

La culture dans les centres urbains, l’exemple de Rennes.

En matière culturelle, Rennes n’a jamais pris conscience des possibilités que le rôle de capitale de Bretagne pouvait lui offrir. Et quand ailleurs en Europe d’autres capitales de régions décollaient de manière insolente d’un point de vue culturel et artistique lors de ces vingt dernières années, avec les retombées évidentes sur le plan touristique que l’on peut constater, notre bonne ville de Rennes, gérée par des provinciaux un rien complexés parfois par leurs origines bretonnes, s’en remettait à des « institutions » à l’administration complexe et lourdement subventionnées ou des festivals, certes de qualité, mais éphémères dans le cours de l’année.

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Musée Guggenheim de Bilbao

Quel constat amer effectivement si l’on compare Rennes à des capitales de régions autonomes d’Espagne telles Barcelone et son architecture flamboyante, ses musées de réputation mondiale ; Valence et ses remarquables édifices contemporains à vocation culturelle construits le long des jardins de la Turia, ses quarante musées et ses sociétés de productions audiovisuelles au rayonnement international ; Bilbao, capitale culturelle du Pays Basque autonome et son Guggenheim maintenant célèbre dans le monde entier. Le plus intéressant est que cet essor des capitales de régions autonomes n’a rien enlevé ni au charme ni à l’attrait culturel de Madrid.

Si on compare Rennes sur le plan culturel avec des capitales ou des villes importantes de Länder allemands (Dresde, Frankfort, Munich, etc.), le résultat est le même, la capitale de Bretagne ne joue pas dans la même cour, pas plus qu’elle ne peut se mesurer d’un point de vue culturel ni touristique à Milan, Anvers ni même Edimbourg. La ville de Rennes par exemple a pourtant bien des atouts mais si peu potentialisés depuis au moins quarante ans maintenant qu’il ne faut pas s’étonner que le tourisme soit, au-delà de la culture, une ressource bien mal utilisée dans notre capitale de Bretagne.

En premier lieu, c’est bien le mal jacobin qui a frappé, ce triste renoncement qui fait que notre classe politique estime que si Paris brille, c’est toute la France qui scintille, qui trouve normal que la plus grosse part du budget de la culture soit dépensé en Île-de-France, qui ne s’inquiète pas de savoir que la plupart des sociétés de production télévisuelles ou cinématographiques sont également basées en Île-de-France, que les studios qui abritent les émissions de télé ou de radio dont on nous abreuve émettent de Paris ou sa proche banlieue…

À l’heure où l’Europe des régions tend à se construire et ou le centralisme français apparaît de plus en plus comme une maladie anachronique mais curable, il est temps de se lever, à Rennes, à Brest, à Nantes et dans toute la Bretagne pour dire tout cela ne peut continuer ainsi

Sans compter que ce tropisme provincial, qui confine au masochisme et dont l’empreinte est si prégnante dans le domaine culturel, impacte toutes les sphères. De fait, les apparatchiks rennais (et ce n’est pas cette nouvelle génération qu’on nous propose qui va y changer quelque chose) considèrent depuis longtemps qu’être élu local à Rennes est d’abord un excellent tremplin pour devenir député, voire ministre un jour, ou conseiller dans telle ou telle branche sur la « capitale ». Si on ne vise pas « aussi haut », et qu’on accepte cependant de ne pas faire trop de vagues, on se trouve être le récipiendaire quasi à vie, d’une rente féodale généreuse. Que leur importe donc les véritables enjeux pour Rennes et la Bretagne.

Avec Breizh Europa nous proposons de mettre fin à cette soumission culturelle à l’Île-de-France et à ses relais locaux. Nous voulons que Rennes puisse, comme d’autres capitales régionales européennes, prendre son destin en main, en premier lieu sur le plan de la culture et du tourisme.

Grand Eléphant. Les Machines de l'île. Nantes © Jean-Dominique Billaud / LVAN

Nantes – Les machines de l’Île

Nantes a de son côté beaucoup mieux tiré son épingle du jeu, la réunification donnera donc aussi sur le plan culturel un enrichissement notable, et un plus touristique certain. Et si Brest a su s’équiper en termes de salles de spectacles de qualité, l’offre muséale dans la ville du Ponant est pour l’instant nettement insuffisante.

Quels rapports inventer entre un nouveau pouvoir politique et la culture pour que cette dernière soit plus vivante ?

Il est vain pour les politiques d’avoir un discours péremptoire et didactique sur ce que devrait ou non être la culture, sa place dans la société, son rôle dans telle ou telle émancipation. La culture et sa gestion ont trop souvent été, et les villes bretonnes n’y dérogent pas jusqu’ici, de banals outils de communication aux mains du personnel politique, une manière de faire éventuellement oublier des échecs dans tel ou tel autre domaine. Cette approche intrusive du monde culturel par les autorités politiques mène à des dérives, des collusions qui ne sont pas saines entre politiques en mal de reconnaissance et directeurs d’institutions culturelles en recherche de subventions.

Les instances dirigeantes d’une ville ou d’une région sont là pour faciliter les choses, pour que circulent au mieux les flux entre créateurs, collections, livres, pièces de théâtre, etc. et le public au sens large ; pas pour décider de ce que doit être la culture, ni quelle culture est bonne ou pas. Nous pensons qu’il faut garder une certaine distance donc.

Cela n’empêche pas qu’il y ait des choix à faire bien sûr, et cela n’implique pas qu’il faille se montrer naïf devant les demandes de certains créateurs ou certaines institutions.

Mais ce qui importe au fond, et c’est pour cela que BE milite, c’est de donner de bons outils aux artistes et créateurs, des lieux pour créer et montrer, ce qui importe c’est qu’à côté des grosses machines institutionnelles (nécessaires pour la plupart) on puisse proposer des opportunités réelles à une majorité d’artistes. Et ce qui manque à Rennes dans un premier temps, ce sont bien des lieux de création, de répétition, des lieux équipés, pour plasticiens, musiciens, photographes, etc.
Dans un second temps, quand ces lieux de rencontres ou de créations existeront en nombre suffisant (on ne parle pas ici de structures chères à monter ni dispendieuses à entretenir, mais de lieux qui puissent s’adapter avec souplesse à de jeunes créateurs en mouvement, sans structure administrative lourde), ce qui importera c’est qu’une part plus large de la population puisse s’aventurer à créer. C’est à ce moment-là que le politique aura accompli sa mission, qui est d’ouvrir les possibles. En proposant des structures souples, et en n’interférant pas sur le fond.

Dans ce domaine comme dans d’autres, une totale autonomie fiscale pour la région et les métropoles bretonnes sera salutaire et le point de départ à une politique culturelle réellement novatrice. Cela permettrait de développer au mieux ces équipements dont nous avons besoin. Car il n’est pas normal que les deux opéras parisiens, et tous les musées des bords de Seine nous coûtent autant d’argent, ici, en Bretagne, avec tout ce qui est prélevé à cet effet sur nos impôts.

De l’impossibilité de séparer complètement culture et éducation pour faire évoluer la société bretonne dans le bon sens

Nous ne pensons pas que le domaine de la culture seul puisse jouer un rôle si important dans la réduction des inégalités sociales. Si nous sommes certains que des propositions culturelles, plus ouvertes, plus décentralisées, plus souples peuvent aider tous les habitants à se sentir mieux et à s’ouvrir aux autres, il nous paraît que c’est plus dans le domaine de l’enseignement et de l’éducation (la culture est cependant constitutive bien sûr de ce volet éducationnel) que résident les clés d’une réduction réelle des inégalités sociales.

téléchargementC’est ainsi que nos propositions en termes d’enseignement font une part importante à l’ouverture aux langues étrangères et locales. La commission européenne a émis ainsi le souhait que les citoyens européens puissent posséder quatre langues, et nous pensons nous que le trilinguisme –avec un choix du cocktail laissé aux parents- est un objectif accessible pour les adolescents bretons dans les années à venir. La France a en effet pris un énorme retard dans ce domaine par rapport aux autres pays européens (les jeunes Portugais, Suédois, Flamands, etc. parlent tous couramment trois langues), et ce monolinguisme hexagonal, avec la coupure provoquée avec les langues d’origine de certaines familles, est un énorme handicap pour nos jeunes, à la fois pour leur émancipation personnelle et pour leur parcours professionnel. Cette politique appuyant le plurilinguisme aura des effets réels pour la réduction des inégalités sociales.

Notre programme sur l’enseignement comporte d’autres mesures susceptibles également d’avoir des répercussions sur la réduction des inégalités. Elles sont toutes empruntes d’une plus grande ouverture au monde, et misent également sur l’apprivoisement précoce des nouvelles technologies.

Une politique culturelle à la fois plus réceptive et plus innovante sera un excellent complément à ces mesures pour que nos jeunes démarrent dans la vie avec des meilleure chances.

Choisir entre aide des institutions politiques ou mécénat, comment faire décoller la culture en Bretagne ?

Nous imaginons à Breizh Europa qu’entre l’approche très « étatique » de la culture en France et une approche plus libérale telle celle qui a cours dans les pays anglo-saxons, il y a un juste milieu à trouver. Une bonne politique culturelle sera celle qui permettra à la fois de donner, comme nous l’avons exprimé plus haut, la possibilité au plus grand nombre de tenter l’aventure créatrice, mais également d’associer mécènes et autres fondations à l’irrigation culturelle de notre territoire.
Les subventions, qu’elles soient d’État ou qu’elles émanent de la région, la métropole ou la ville, ne vont pas augmenter dans l’avenir surtout quand on voit la France s’est installée durablement dans la crise. Il faut donc trouver d’autres modes de financement, et les lois récentes sur le mécénat ont ouvert des chemins qu’il faudra mieux explorer.
Quant à l’accès de certains de nos créateurs aux marchés mondiaux, le rôle du politique est de les aider à y parvenir. Pour cela si les trois grandes villes bretonnes assumaient de manière concertée le rôle de capitale d’une Bretagne autonome en s’engageant fortement dans le soutien intelligent à une culture à la fois dynamique, novatrice et enracinée, poussant ses jeunes à parler plusieurs langues, nous ferions un grand pas vers la pérennité d’une culture vivante et pourvoyeuse de richesses pour la Bretagne. Avec des villes qui regarderaient autant vers les Amériques ou Londres que vers l’Europe continentale et plus seulement vers Paris. La Bretagne deviendrait alors une rampe de lancement idéal pour de jeunes créateurs, autant qu’un lieu que des artistes du monde entier voudraient visiter ou investir. C’est de cette Bretagne là dont nous voulons.

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Rêves de Créateurs, 1er salon dédié à la création et à l’innovation en Bretagne !

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