Accusation de rébellion irrecevable

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Avr 152018
 
Carles Puigdemont Breizh Europa

Photo Columbia.com

Alors que Carles Puigdemont a été libéré vendredi 6 avril sous conditions en Allemagne, et qu’il pourra séjourner à Berlin en attendant le jugement final, les prochains jours vont être particulièrement importants, non seulement pour la cause catalane, mais également quant à la manière dont l’Europe pourrait se construire à l’avenir.

Accusation de rébellion jugée irrecevable

Le fait que l’Allemagne n’a pas jugé recevable l’accusation de rébellion portée envers Carles Puigdemont par la justice espagnole démontre tout d’abord qu’une harmonisation des lois européennes en la matière est nécessaire. A quoi sert en effet le mandat d’arrêt européen si les mots rébellion ou sécession n’ont pas le même sens dans tous les pays d’Europe ? S’inspirera-t-on, dans la future loi européenne, de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, signée sous l’égide de l’ONU en 1948, qui reconnaît le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? On peut le souhaiter. En attendant, c’est un véritable camouflet qui a été infligé à la justice espagnole par un le tribunal du Schleswig-Holstein et si, plus tard, le leader indépendantiste est remis à l’Espagne uniquement pour détournement de fonds, c’est le principal pan de l’accusation de Madrid qui deviendra caduque puisque, selon la législation européenne en vigueur, Puigdemont ne pourra plus être jugé en Espagne pour rébellion.

Exil sécurisé en Belgique

Pour autant, si aucune avancée n’est faite au sein de la loi, le conflit catalan risque d’être un casse-tête pour tous les pays dans lesquels Puigdemont décidera de se rendre à l’avenir, hors la Belgique où il est maintenant en mesure de jouir d’un exil sécurisé.

Ainsi le départ de Puigdemont, qui avait été décrit par les Espagnols comme « la fuite d’un bouffon », expression reprise à l’envi par les media européens à l’époque, est finalement un magnifique coup politique réalisé par le leader indépendantiste. En effet, après avoir mis les autorités belges de facto de son côté, le Catalan a réussi à impliquer l’Allemagne, première puissance économique d’Europe, dans les affaires internes espagnoles.

Alors que si Puigdemont était resté au sud des Pyrénées, il se serait retrouvé en prison sans possibilité honorable d’en sortir, au même titre que d’autres leaders catalans : une mesure abjecte pour des personnes qui demandaient juste la tenue d’un référendum, et bien peu conforme encore une fois à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Il se serait retrouvé muet, ce qui n’est pas le cas bien sûr aujourd’hui, quand sa conférence de presse à Berlin, du samedi 7 avril, a obtenu un tel succès.

La voie des armes plus persuasive que la voie pacifiste

En perspective de ce qui est en train de se passer avec Carles Puigdemont et la Catalogne, il faut se souvenir que, dans les premiers mois du conflit en ex-Yougoslavie, le président allemand Richard von Weizacker avait signé, en décembre 1991, les documents officiels par lesquels l’Allemagne reconnaissait la Croatie et la Slovénie. L’Allemagne, dont une partie du pays venait de recouvrer la liberté quelques mois auparavant, établissait ensuite des relations diplomatiques -en plein conflit serbo-croate- avec les deux républiques sécessionnistes dès la mi-janvier 1992, au grand dam des autorités françaises entre autres.

Il serait sans doute hâtif d’en conclure qu’on reconnaît plus vite de nouveaux Etats européens « en rébellion » quand leurs peuples prennent les armes plutôt que lorsqu’ils sont éminemment pacifistes, comme le sont les Catalans mais, de toute évidence, les choses vont changer. Carles Puigdemont et les indépendantistes catalans nous montrent la voie.

Frank Darcel

Président de Breizh Europa

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Boycottons les acteurs du Grand Ouest

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Mar 222018
 
Grand ouest Breizh Europa

Photo NHU Bretagne

Pour la deuxième fois en dix ans, face à la mobilisation d’une partie des juges et avocats bretons et des politiques locaux, la carte judiciaire n’a pas pu être modifiée. Ainsi la Loire-Atlantique dépend toujours de la cour d’appel de Rennes, et il reste au moins un domaine dans lequel la Bretagne historique est préservée.
C’est une belle victoire, mais c’est encore un acte de résistance face à un Etat central qui a décidé que les Régions historiques, cela ne servait à rien. Pire, cela pouvait même être dangereux.

Il est temps pour les Bretons de ne plus se contenter seulement d’actes de résistance et d’avoir une attitude offensive. Ainsi l’on attend avec impatience les premières actions de la mission pour la Réunification qui voit le jour au sein des instances de la Région Bretagne. Et l’on se félicite de la santé florissante de l’association Produit en Bretagne qui inclut avec la force de l’évidence la Loire-Atlantique dans son organisation. Il faut soutenir par ailleurs la pétition lancée par Bretagne Réunie pour l’obtention des 100 000 signatures nécessaires en 44 afin que le département puisse décider de son avenir institutionnel. Félicitons-nous de l’action, en lien avec Bretagne Réunie, des vignerons de Loire-Atlantique dans leur volonté de faire flotter le Gwen Ha Du haut et fort !

Et allons au-delà : il est temps de boycotter toutes les entreprises, banques, assurances et autres, qui auront décidé de s’organiser (sièges sociaux, réseaux, partenariats) autour de ce Grand Ouest sournois qui avance avec l’aval bienveillant des pouvoirs publics. Boycottons également les institutions qui nous préparent cette région technocratique et liberticide dont nous ne voulons pas. Eloignons-nous des media qui présentent ce Grand Ouest dans leur ADN. En effet, si nos arguments, fondés démocratiquement et culturellement et inspirés par ce qui se passe dans toute l’Europe, ne leur paraissent pas suffisants, il faut atteindre au porte-monnaie tous ces soutiens actifs du barnum Grand Ouest. En association avec VigiBretagne par exemple, commençons par établir la liste de ces entreprises et institutions qui ont décidé, à terme, de la mort de la Bretagne. La liste est longue. Il reste à l’établir et lui faire la publicité qu’elle mérite ! Le débat est ouvert !

Frank Darcel

Président Breizh Europa

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Des mesures politiques fortes pour sauver les centres-villes

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Mar 112018
 

Centres-villes Breizh EuropaSi « les 60 projets bretons pour réinventer les centres des bourgs et des villes » pilotés par la Région Bretagne semblent être une bonne idée dont nous pourrons juger de la portée d’ici quatre ou cinq ans apparemment, il nous semble qu’il faudrait ajouter des mesures politiques fortes pour enrayer le déclin de certains centres-villes.

En effet, si ces projets proposent une approche plus conviviale des centres urbains, soutiennent des démarches concrètes dans le domaine de la création artistique et la transmission des savoirs (comme à Mellionnec par exemple) ou mettent en valeur un patrimoine, gage d’une plus grande visibilité touristique dans la lignée de la formidable épopée des Petites Cités de Caractère, ils ne seront sans doute pas suffisants à grande échelle (c’est-à-dire sur toute la région) pour sauver durablement tous les centres-villes. Car les échanges commerciaux, dans ces périmètres à redynamiser, resteront le passage obligé vers une revitalisation pérenne des quartiers centraux.

Il faut également noter que si cette désaffectation des centres des villes et leur corollaire, c’est-à-dire la disparition des commerces de proximité, ont des explications intimement liées aux nouveaux modes de consommation, il ne faut pas oublier l’extraordinaire exode rural et surtout l’exode vers d’autres régions qu’a subis la Bretagne après la première guerre mondiale. Celui-ci n’a jamais été totalement corrigé, et il a fallu attendre 1968 pour que le flux redevienne positif entre départs de la région et arrivées. Cela signifie que la désindustrialisation de la Bretagne et le recul de l’agriculture, pendant des décennies, ont aussi joué leur rôle dans la désertification de certains bourgs et petites villes.

Modifications des modes de consommation

Néanmoins, c’est l’arrivée des grands centres commerciaux – dont les premiers installés en Bretagne remontent à la fin des années 1960 – qui a profondément modifié les modes de consommation de nos concitoyens et impacté lourdement la vie des bourgs et des centres – villes. Ces grands centres commerciaux copiant le modèle des centres commerciaux américains dits « régionaux », qui furent les premiers à allier boutiques et centres de loisirs.

Mais ce phénomène de déplacement des enseignes vers des centres commerciaux situés à la périphérie des moyennes et grandes villes bretonnes tient, autant que le vain espoir de payer moins cher tout en consommant plus, beaucoup au mode de déplacement que ces surfaces commerciales favorisent, c’est-à-dire le véhicule individuel.

En effet, ces centres commerciaux ont pu s’étendre et prospérer en grande partie parce qu’ils ont donné une place centrale à la voiture. Le consommateur bénéficie ainsi de places de parkings innombrables et gratuites, avantage décisif par rapport aux centres – villes d’où on a essayé en parallèle de « chasser » les véhicules polluants. On notera d’ailleurs que la France est le premier pays d’Europe pour le ravitaillement en carburant dans les stations des GMS (grandes et moyennes surfaces). C’est dire si le lien entre consommation de masse et utilisation de la voiture est devenu fondamental.

Centres-villes Breizh EuropaIl serait bien sûr illusoire et incohérent de penser à faire revenir en nombre les véhicules utilisant les énergies fossiles dans nos cités bretonnes, mais il faut comprendre que la desserte massive par des voitures particulières des centres commerciaux péri urbains, voire situés en pleine campagne (Cap Malo entre Rennes et Saint-Malo par exemple), n’est pas non plus une solution viable.

Rééquilibre entre commerces périphériques et commerces de proximité

Breizh Europa souhaite que le pouvoir politique prenne des mesures afin de maîtriser l’usage de transports individuels vers les centres commerciaux, pour des raisons de santé publique, mais aussi pour rééquilibrer la donne entre commerces périphériques et commerces de proximité.

Une première solution serait d’instituer une taxe à la place de parking pour les grandes surfaces et centres commerciaux. Ces places ont en effet le plus souvent été gagnées sur des terres agricoles ou des zones artisanales et plutôt que de taxer les grandes surfaces uniquement sur leur surface de vente (c’est le cas de la Tascom, cet impôt français aussi appelé taxe sur les surfaces commerciales), il conviendrait d’instituer en plus cette taxe sur la surface des parkings des grands centres commerciaux. Ce qui responsabiliserait ces structures quant à leur participation à la pollution ambiante et les inciterait à prendre les mesures qui s’imposent, comme s’installer en priorité sur des zones accessibles par transports en commun, ou à être en pointe sur l’installation des bornes de rechargement électrique, etc.

Si l’irrigation de ces centres commerciaux par les transports en commun progresse, en retour, le transport des marchandises vers les domiciles des consommateurs pourra se faire par le biais d’entreprises utilisant des véhicules électriques, comme nous l’avons déjà évoqué dans un communiqué précédent. La taxe sur les surfaces de parkings étant reversée directement aux villes qui abritent lesdits centres commerciaux, l’argent pouvant être réinvesti au cœur de ces communes.

Infléchir le pouvoir de la grande distribution

Mais il y a d’autres manières pour le législateur d’infléchir le pouvoir de la grande distribution et ses effets pernicieux pour l’urbanisme et l’environnement : en changeant par exemple la législation sur la vente de certains produits psychotropes tel l’alcool.

Centres-villes Breizh EuropaTous les alcools titrant plus de 8° pourraient en effet être interdits des rayons des grandes surfaces et supérettes, et réservés à des boutiques spécialisées, comme cela se pratique en Suède (pour tous les alcools, dans les magasins d’Etat ou systembolaget), ou aux USA dans les liquor stores. Cela limiterait les possibilités de vente des grandes surfaces à la bière et au cidre, et cela impacterait donc peu les producteurs locaux pour ce qui est de la Bretagne. Les alcools titrant entre 9° et 20 ° pouvant être l’apanage des cavistes situés en centre – ville quand les alcools plus titrés seraient vendus directement par des magasins gérés par l’État. Magasins qui seraient bien sûr interdits d’accès aux mineurs.

La mesure aura tout d’abord des avantages en termes de protection des mineurs avec une vente plus raisonnée des alcools forts, responsables de la plupart des comas éthyliques chez les jeunes. Mais surtout, ces boutiques, celles vendant des spiritueux et les cavistes, auraient obligation de s’installer dans un périmètre défini, au cœur des villes et des bourgs. Nul doute que cela aiderait sensiblement à la revivification des centres – villes, tout en permettant un meilleur contrôle de la vente de ces produits, loin d’être aussi anodins que leur présence en masse dans les rayons des grandes surfaces laisse supposer.

D’autres mesures pourraient être prises pour interdire l’ouverture de pharmacies dans les allées commerçantes des grandes surfaces et privilégier les pharmacies de centre -ville. Ce qui serait bon pour l’activité des centres villes, mais permettrait aussi de retirer aux médicaments l’image de produits de grande consommation qu’ils ne devraient pas être.

Harmonisation des relations entre centres commerciaux et centres-villes

Il est clair que les législateurs doivent prendre des décisions de ce type pour atténuer puis éradiquer la sinistrose commerciale et spatiale des cœurs de villes, car il s’agit, pour le bien-être de tous, d’une nécessaire et urgente recomposition des territoires. Car harmoniser les relations entre centres commerciaux et centres-villes, leur trouver une complémentarité par certaines mesures évoquées ici doit permettre de contrer une tendance actuelle des plus absurdes, qui consiste à construire des lotissements autour des centres commerciaux, des sortes de villes hors-sol dédiées à la consommation de masse, gagnées sur les espaces naturels et où la voiture reste reine. Pour ce qui est de communes rurales, c’est autour d’un véritable « pacte rural » (que nous détaillerons plus avant dans notre projet) que doivent s’organiser les activités commerciales de demain et le maintien des services publics dans les bourgs.

Ainsi c’est seulement au prix de mesures drastiques (mais déjà appliquées dans des pays tout à fait démocratiques), que l’on pourra favoriser de meilleures manières de consommer et instituer des rapports de complémentarité entre les différentes zones commerciales, tout en gardant des centres-villes et des bourgs actifs.

Vincent Fraval

Breizh Europa

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B5 : et s’ils se rendaient à l’évidence ?

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Fév 222018
 

L’appel du groupe d’opposition « droite, centre et régionalistes » du Conseil Régional de Bretagne, par la voix d’Isabelle Le Bal, a été entendu par le Président Loig Chesnais Girard. Voilà que devrait naître un groupe de travail, nanti d’un budget de 500 000 euro, pour enfin avancer sérieusement sur le projet de réunification de la Bretagne. Notons que le Président de l’Assemblée Nationale François de Rugy, partisan lui aussi de la réunification, serait favorable à cette initiative. Mais il précise, en petit comité, qu’à Paris il vaut mieux employer l’expression « élargissement de la Bretagne », cela heurte moins…

En tout état de cause, ce sont de bonnes nouvelles, mais la fenêtre est réduite. Tout d’abord parce qu’il faut profiter de la révision constitutionnelle annoncée, mais aussi du fait que des édiles de trois des départements des Pays de Loire (Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe) souhaiteraient que leurs territoires rejoignent une région Centre-Val de Loire. Une nouvelle région qui, une fois renforcée, pourrait s’appeler logiquement Région Val de Loire. Le cas de la Vendée semblant pour l’instant irrésolu dans ce projet de redécoupage. Mais la possibilité qu’elle rejoigne la nouvelle Aquitaine serait envisagée.

De trois régions n’en faire que deux

Un retour à la logique se profilerait donc pour « de trois régions n’en faire que deux » ainsi que le suggère François de Rugy. La nouvelle carte des régions qui verrait alors le jour serait ni plus ni moins celle que propose le mouvement breton depuis une trentaine d’années. Pourquoi avoir tant attendu ?

Parce que rien n’est jamais très cohérent lorsque le pouvoir parisien se mêle de gérer la vie de la « province ». Entre idéologie jacobine inflexible et maintenant méfiance vis-à-vis de tout ce qui pourrait rappeler la Catalogne, l’Ecosse, et même la Corse, nos dirigeants parisiens ne sont pas à un reniement près. On a vu la réforme Balladur, un temps favorable à la réunification, passer à la trappe. On a vu l’opportunité proposée par la réforme de 2015 (loi NOTRE) tomber à l’eau, quand seule la Normandie était réunifiée, que le Bretagne restait amputée alors que l’Alsace sombrait dans un no man’s land absurde. (Nous tenons cependant compte du fait que la loi NOTRE propose des référendums possibles au sein de départements soucieux de changer de régions, le succès de la pétition demandant ce référendum en 44 restant nécessaire en tout état de cause.)

Avenir politique incertain

Localement, il faut également noter que le Conseil Régional de Bretagne n’a pas eu le temps d’être tout à fait « macronisé », à l’exception notoire de son ancien Président, puisque les élections régionales ont eu lieu deux ans avant le raz de marée LREM. Ainsi, chez les socialistes siégeant à la région, tout comme pour une partie de la droite régionale, l’avenir politique est incertain à moyen terme. Il se pourrait donc que cette poussée girondine soit un moyen d’exister face au Macron du « voyage en Corse ».

On fera d’abord remarquer à tous les élus bretons qu’après deux siècles de rouleau compresseur unificateur, les Corses viennent de voter majoritairement pour l’autonomie quand, selon un sondage récent de décembre 2017, 39% des habitants de Bretagne se sentent d’abord Bretons avant d’être Français et, selon tous les sondages sur le sujet, majoritairement pour la réunification. Alors il serait peut-être temps de prendre conscience que la réunification de la Bretagne et un souhait de reconnaissance de l’identité bretonne sont des choses inscrites profondément dans les désirs du peuple breton, qu’elles sont tout simplement naturelles. Il est donc tout à fait contre-productif de continuer à s’y opposer.

Nous invitons par ailleurs les plus rétifs à ces évolutions, les supporters de Macron l’inflexible, à bien relire la parabole du grand Jean de La Fontaine à propos du chêne et du roseau. Car contre la nature, il vaut souvent mieux plier.

Frank Darcel

Président de Breizh Europa

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Le président Macron est formel : la Corse n’existe pas

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Fév 112018
 

 

On y a beaucoup parlé de République, de cette manière incantatoire qui fait se demander si la république en France n’est pas, plutôt qu’un système de gouvernance, une sorte de concept mystique dont on ne comprend plus très bien la portée. On y a mélangé allègrement les notions de nation, d’État et de République encore, dans une sorte de bonneteau auquel les dirigeants hexagonaux nous ont habitués sans nous convaincre désormais.
On a enjoint les Corses à se tourner vers la Méditerranée, comme s’ils n’y avaient sans doute pas pensé, mais on ne leur a pas demandé s’ils voulaient voir plus loin.

On a répété la grandeur de la France, et vanté le bonheur qu’il y avait à faire partie de la cinquième puissance industrielle au monde. On n’a pas évoqué cependant la longue histoire des Corses avant qu’ils ne deviennent Français, ni rappelé qu’ils l’étaient devenus par la force des armes à la bataille de Ponte Nuovo en 1769.

On y a parlé de la grandeur de la langue française, qui aurait fait la France. On a oublié de parler des langues qui avaient été interdites pour que cette France-là puisse éclore. On a évoqué les bienfaits du bilinguisme, mais du bout des lèvres. Un bilinguisme sans statut, qui condamne à terme la langue locale.
Et on n’a pas mis le drapeau corse en fond de scène. Mais à quoi bon ?

A quoi bon puisqu’au fond, pour le président Macron, et pour tous ses clones jacobins, la Corse n’existe pas. Ils précisent qu’elle n’existe pas hors de la République, mais dans leur bouche hors de la République veut dire le néant.
En réponse à ce surréaliste étalage de figures de rhétorique surannées, Jean-Guy Talamoni a dit que les Corses avaient été humiliés.
Et nous le comprenons. Affaire à suivre donc.

Frank Darcel

Président de Breizh Europa

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La France ou l’universalisme à géométrie variable

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Fév 042018
 

autonomistes Breizh EuropaLa manifestation en Corse à l’appel des indépendantistes et autonomistes a été un succès ce samedi 3 février, et tout le monde a les yeux rivés sur le Président de la République pour tenter de savoir quelle va être la réponse de l’État. Les îles voisines de la Corse, Sardaigne, et au-delà Sicile, plus loin encore les Baléares jouissent toutes d’un large statut d’autonomie, mais quand on appartient à la république une et indivisible, c’est une autre histoire.

Et c’est sûrement à ce statut d’unicité et d’indivisibilité que le Président va d’abord faire allusion, à cette fameuse constitution française à laquelle les hommes d’état de ce pays font référence comme si elle était un texte sacré, inspiré par un « être suprême » non moins sacré sans doute.

On oublie ici que les constitutions sont écrites par les hommes, et pour les hommes, et qu’elles peuvent se modifier en profondeur, cela s’est vu ailleurs. On rappellera à l’occasion que la Corse indépendante avait une constitution adoptée en 1755, et que ce texte initié par Pascal Paoli est considéré comme la première constitution démocratique. La France était encore à l’époque gouvernée par un monarque de droit divin…

Ici comme ailleurs ?

Mais, au-delà du côté sacré de la constitution française, on voit les zélés défenseurs parisiens de l’unicité prendre leur plume, tels Jacques Julliard dans « Marianne » qui fait lui référence à l’universalité de la République. Et le journaliste de nous expliquer qu’un statut en Corse pour la langue corse amènera les Bretons et les Basques à demander la même chose et, toujours selon Julliard, on aboutira alors à des communautarismes ethnicisés, ni plus ni moins.

On regarde alors avec effroi vers les Baléares, où la langue catalane possède un statut, et on s’étonne de l’excellent accueil fait aux étrangers dans toutes ces îles, d’Ibiza à Majorque. Pourquoi ce qui n’a pas débouché sur un repli sur soi sur ces îles amènerait-il une dérive identitaire, les mots sont lâchés, dès qu’il s’agit d’une île faisant partie de la fameuse patrie des droits de l’homme ?

La répression universelle

On se demande finalement si tout ce cirque autour de la constitution sacrée ou encore du message d’universalité de la République, ne serait pas juste un prétexte pour que Paris puisse garder la main un peu plus longtemps sur des territoires qui ne lui ont pas toujours obéi. On remarquera d’ailleurs que lorsque d’autres parties de cette République ont voulu faire sécession, la réponse de l’État dont le siège est à Paris n’a rien eu d’humaniste, et relevait plutôt d’une barbarie universelle.

Rappelons ainsi le massacre de Sétif, en 1945, quand les Algériens, citoyens de seconde zone sur leur propre terre, avaient voulu un peu trop tôt songer à l’indépendance vis-à-vis de la République des droits de l’homme… Mais la même République a aussi eu la main lourde devant les velléités d’émancipation à Madagascar, où elle massacra avec fougue plus de 50 000 autochtones en 1947. Plus près de nous il y eut les cent morts en Guadeloupe en 1967 ou encore l’épisode peu glorieux de la grotte d’Ouvéa, en Nouvelle Calédonie, en 1988.

On conseillera donc aux zélés éditorialistes parisiens de cesser de nous prendre pour des billes, et aux Corses de faire bien attention. En tous les cas, tous nos vœux les accompagnent sur la voie, qui s’annonce dangereuse, de la liberté.

Frank Darcel

Président de Breizh Europa

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