Fév 222018
 

L’appel du groupe d’opposition « droite, centre et régionalistes » du Conseil Régional de Bretagne, par la voix d’Isabelle Le Bal, a été entendu par le Président Loig Chesnais Girard. Voilà que devrait naître un groupe de travail, nanti d’un budget de 500 000 euro, pour enfin avancer sérieusement sur le projet de réunification de la Bretagne. Notons que le Président de l’Assemblée Nationale François de Rugy, partisan lui aussi de la réunification, serait favorable à cette initiative. Mais il précise, en petit comité, qu’à Paris il vaut mieux employer l’expression « élargissement de la Bretagne », cela heurte moins…

En tout état de cause, ce sont de bonnes nouvelles, mais la fenêtre est réduite. Tout d’abord parce qu’il faut profiter de la révision constitutionnelle annoncée, mais aussi du fait que des édiles de trois des départements des Pays de Loire (Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe) souhaiteraient que leurs territoires rejoignent une région Centre-Val de Loire. Une nouvelle région qui, une fois renforcée, pourrait s’appeler logiquement Région Val de Loire. Le cas de la Vendée semblant pour l’instant irrésolu dans ce projet de redécoupage. Mais la possibilité qu’elle rejoigne la nouvelle Aquitaine serait envisagée.

De trois régions n’en faire que deux

Un retour à la logique se profilerait donc pour « de trois régions n’en faire que deux » ainsi que le suggère François de Rugy. La nouvelle carte des régions qui verrait alors le jour serait ni plus ni moins celle que propose le mouvement breton depuis une trentaine d’années. Pourquoi avoir tant attendu ?

Parce que rien n’est jamais très cohérent lorsque le pouvoir parisien se mêle de gérer la vie de la « province ». Entre idéologie jacobine inflexible et maintenant méfiance vis-à-vis de tout ce qui pourrait rappeler la Catalogne, l’Ecosse, et même la Corse, nos dirigeants parisiens ne sont pas à un reniement près. On a vu la réforme Balladur, un temps favorable à la réunification, passer à la trappe. On a vu l’opportunité proposée par la réforme de 2015 (loi NOTRE) tomber à l’eau, quand seule la Normandie était réunifiée, que le Bretagne restait amputée alors que l’Alsace sombrait dans un no man’s land absurde. (Nous tenons cependant compte du fait que la loi NOTRE propose des référendums possibles au sein de départements soucieux de changer de régions, le succès de la pétition demandant ce référendum en 44 restant nécessaire en tout état de cause.)

Avenir politique incertain

Localement, il faut également noter que le Conseil Régional de Bretagne n’a pas eu le temps d’être tout à fait « macronisé », à l’exception notoire de son ancien Président, puisque les élections régionales ont eu lieu deux ans avant le raz de marée LREM. Ainsi, chez les socialistes siégeant à la région, tout comme pour une partie de la droite régionale, l’avenir politique est incertain à moyen terme. Il se pourrait donc que cette poussée girondine soit un moyen d’exister face au Macron du « voyage en Corse ».

On fera d’abord remarquer à tous les élus bretons qu’après deux siècles de rouleau compresseur unificateur, les Corses viennent de voter majoritairement pour l’autonomie quand, selon un sondage récent de décembre 2017, 39% des habitants de Bretagne se sentent d’abord Bretons avant d’être Français et, selon tous les sondages sur le sujet, majoritairement pour la réunification. Alors il serait peut-être temps de prendre conscience que la réunification de la Bretagne et un souhait de reconnaissance de l’identité bretonne sont des choses inscrites profondément dans les désirs du peuple breton, qu’elles sont tout simplement naturelles. Il est donc tout à fait contre-productif de continuer à s’y opposer.

Nous invitons par ailleurs les plus rétifs à ces évolutions, les supporters de Macron l’inflexible, à bien relire la parabole du grand Jean de La Fontaine à propos du chêne et du roseau. Car contre la nature, il vaut souvent mieux plier.

Frank Darcel

Président de Breizh Europa

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